Ce qu’il faut retenir avant d’émettre en mer
- La voie 16 sert à l’appel, à la détresse et à la sécurité. On ne la monopolise pas pour une conversation longue.
- La voie 70 est réservée à l’ASN, donc aux appels numériques. Elle ne sert pas à parler à la voix.
- Les voies 6, 8, 72 et 77 sont destinées aux communications de navire à navire.
- La voie 9 est très utile dans les ports de plaisance, mais il faut toujours suivre les consignes locales de la capitainerie.
- En eaux intérieures, la logique change: la voie 10 est la veille courante et l’ASN n’y est pas autorisée.
- La licence radiomaritime est obligatoire pour une VHF embarquée, gratuite, et à tenir à jour avec le MMSI et les modifications d’équipement.
Comment une VHF organise la communication à bord
Je commence toujours par une idée simple: une VHF n’est pas seulement un poste radio, c’est un outil d’organisation de la circulation maritime. Chaque voie a un rôle, et ce rôle existe pour éviter qu’un message de sécurité soit noyé dans un échange banal entre deux bateaux.
Deux notions reviennent souvent. Le simplex permet d’émettre et de recevoir sur la même fréquence, ce qui est le cas de la plupart des voies de plaisance. Le duplex, lui, sépare émission et réception; il est surtout utilisé dans certains réseaux professionnels ou portuaires. Pour un plaisancier, l’essentiel est surtout de savoir si la voie sert à appeler, à veiller, à coordonner une manœuvre ou à lancer une alerte.
L’autre point clé, c’est la distinction entre la voix et l’ASN, c’est-à-dire l’appel sélectif numérique. L’ASN sert à transmettre un appel codé, souvent avec l’identité du bateau et sa position si le poste est couplé au GPS. Je retiens donc une règle pratique: la bonne voie ne suffit pas, il faut aussi le bon mode. C’est ce qui permet ensuite de choisir le bon canal sans hésitation.Les voies à connaître en navigation côtière
Sur un bateau de plaisance en France, quelques voies couvrent l’essentiel des échanges. L’ANFR rappelle d’ailleurs que la voie 16 reste la référence pour l’appel et la sécurité, tandis que d’autres voies sont réservées aux contacts entre navires ou aux ports de plaisance.
| Voie | Usage principal | Ce que j’en fais en pratique | Erreur fréquente |
|---|---|---|---|
| 16 | Appel, détresse, sécurité | Je l’écoute en veille et je l’utilise pour appeler les secours ou lancer un message de sécurité court. | Y rester pour discuter alors qu’il faut basculer sur une autre voie. |
| 70 | ASN / DSC | Je l’utilise uniquement pour les appels numériques de sécurité ou de détresse. | La prendre pour une voie vocale classique. |
| 6, 8, 72, 77 | Navire à navire | Je m’en sers pour coordonner un croisement, une approche ou un contact bref avec un autre bateau. | Parler longtemps sur 16 au lieu de se déplacer vers une voie de travail. |
| 9 | Ports de plaisance | Je l’emploie pour joindre une capitainerie quand le port l’indique ou quand l’affichage local le confirme. | Supposer qu’un port utilise toujours la même voie sans vérifier. |
Quelle voie utiliser selon la situation
Le choix dépend moins du bateau que du message. Je le résume toujours de façon opérationnelle, parce que c’est ce qui reste en mémoire quand la pression monte.
- Détresse immédiate: voie 16 en phonie, ou alerte ASN sur la voie 70 si le poste le permet. On donne la position, la nature du danger et le nombre de personnes à bord.
- Urgence ou sécurité: voie 16 pour signaler un danger à la navigation, un objet flottant, un échouement ou une situation à surveiller.
- Coordination entre bateaux: voies 6, 8, 72 ou 77, puis on garde l’échange court et précis.
- Contact avec un port: voie 9 quand elle est affichée comme voie de plaisance, sinon la voie locale indiquée par la capitainerie.
- Message non prioritaire: on évite d’occuper une voie de veille; on attend qu’une voie de travail soit proposée.
J’insiste sur un point qui paraît banal mais qui change tout: il faut écouter avant de parler. Une voie déjà occupée, ou saturée par un trafic de secours, ne doit jamais être forcée. Sur la voie 16, la discipline radio n’est pas une option de confort, c’est une condition de sécurité. Et dès qu’on quitte la mer pour des plans d’eau plus encadrés, les règles bougent nettement.
Mer et eaux intérieures ne se gèrent pas pareil
En France, c’est une erreur fréquente de croire que les mêmes voies fonctionnent partout. Ce n’est pas le cas. Les usages maritimes et fluviaux répondent à des logiques différentes, et l’ANFR est très claire sur ce point: les voies 16 et 70 ne se traitent pas comme des voies de navigation intérieure.
| Zone | Voies et modes utiles | À retenir |
|---|---|---|
| Navigation maritime | 16 pour l’appel et la sécurité, 70 pour l’ASN, 6/8/72/77 pour les échanges entre navires, 9 dans de nombreux ports de plaisance | La logique est centrée sur la veille, la sécurité et la coordination à distance. |
| Eaux intérieures françaises | Voie 10 pour la veille courante, ATIS pour l’identification automatique, ASN interdite | Le cadre est différent, avec un usage plus encadré et une puissance souvent réduite. |
| Zones mixtes proches de la mer | Consignes locales à vérifier avant d’émettre | On suit les panneaux, les avis et les instructions du secteur, pas une habitude prise ailleurs. |
Il existe même des exceptions locales qu’il faut connaître. Le lac Léman, par exemple, fait partie des cas particuliers cités dans les documents officiels. En clair, je ne me fie jamais à une règle “générale” quand je navigue dans une zone hybride: je vérifie la signalisation et les consignes du secteur avant de transmettre. Cette prudence évite les malentendus et m’amène naturellement à la partie réglementaire, souvent négligée alors qu’elle conditionne l’usage du poste.
Ce que la réglementation française impose vraiment
Sur la partie administrative, je reste très concret. L’ANFR indique que pour utiliser une radio VHF fixe ou portative à bord d’un navire, une licence radiomaritime est nécessaire. Elle est gratuite, valable un an et doit être tenue à jour si l’installation, les coordonnées ou le propriétaire changent.
La qualification demandée dépend ensuite du matériel et de la zone. Pour une VHF portative sans ASN de 6 watts maximum, aucune qualification spécifique n’est exigée. Pour une VHF portative ASN, ou une VHF fixe avec ou sans ASN de plus de 6 watts, les connaissances utiles sont intégrées au permis plaisance. En revanche, si l’on n’a pas le permis, le CRR reste nécessaire. Et pour les eaux internationales, le CRR demeure requis dans tous les cas.
Il y a aussi le sujet du MMSI, cet identifiant à neuf chiffres qui sert de “passeport radio” au bateau. Quand une VHF ASN est installée, le MMSI doit être correctement renseigné et couplé au GPS. Je considère ce point comme non négociable: un poste mal initialisé perd une partie de son intérêt en détresse, parce que les secours reçoivent alors moins d’informations utiles.
Le bon réflexe est donc simple: je m’assure que la licence est à bord, que le matériel déclaré correspond à ce qui est réellement installé, et que le MMSI est bien programmé. Une fois cette base propre, le choix entre VHF fixe et portable devient beaucoup plus lisible.
Fixe ou portable, ce que je privilégie selon la sortie
Le matériel change la portée, l’autonomie et le confort d’usage. Sur ce point, il n’y a pas de réponse universelle: tout dépend de la distance à la côte, de la taille du bateau et du type de sortie. L’ANFR rappelle que la portée varie fortement selon la hauteur des antennes et le relief, ce qui explique pourquoi deux bateaux identiques peuvent avoir des résultats différents.
| Type de VHF | Portée courante | Autonomie | Quand je la choisis |
|---|---|---|---|
| Portable | Environ 3 à 5 milles dans des conditions courantes | Souvent 5 à 8 heures | Sorties courtes, annexe, sécurisation de groupe, secours de proximité |
| Fixe | Environ 20 à 25 milles selon l’antenne et le relief | Dépend de l’alimentation du bord | Croisière côtière, navigation semi-hauturière, besoin de veille stable |
Je vois régulièrement des plaisanciers surestimer une portable. Elle est précieuse, mais elle ne remplace pas toujours une vraie installation fixe quand on commence à s’éloigner. À l’inverse, une fixe n’est utile que si l’antenne est correctement montée, le poste bien réglé et l’équipage capable de s’en servir sans hésitation. Une fois ce choix posé, il reste le plus important: le contrôle avant départ.
Le contrôle rapide que je fais avant de quitter le ponton
- Je vérifie que la veille est bien réglée sur la bonne voie selon la zone: 16 en mer, 10 en eaux intérieures.
- Je confirme que le volume, le squelch et la puissance d’émission sont correctement réglés.
- Je teste, quand c’est possible, que le MMSI et le GPS sont bien associés sur une VHF ASN.
- Je rappelle à l’équipage que la voie 16 doit rester disponible et que les échanges de routine passent ailleurs.
- Je note la voie du port ou de la capitainerie si elle est affichée localement.
- Je prévois une solution d’alimentation ou une batterie de secours pour les sorties longues.
Ce contrôle prend peu de temps, mais il évite la plupart des ratés que j’observe encore trop souvent à bord. Si je devais résumer l’essentiel en une phrase, je dirais ceci: en navigation, une VHF bien réglée vaut mieux qu’un poste sophistiqué mal préparé, et la différence se voit dès que la mer ou le trafic se compliquent.