En mer, la bonne fréquence VHF à écouter dépend moins de la théorie que du contexte: détresse, météo, approche de port ou simple veille de navigation. En France, le socle reste le canal 16, complété par le 70 si le poste dispose de l’ASN, puis par les canaux locaux selon la zone. Je vais donc partir du concret: ce qu’il faut réellement surveiller à bord, comment organiser la veille et quelles erreurs éviter.
Les repères essentiels pour naviguer avec une veille VHF utile
- Le canal 16 reste la veille vocale de base en mer, pour l’appel, la sécurité et les urgences.
- Le canal 70 sert à l’ASN, c’est-à-dire à l’appel sélectif numérique; on n’y parle pas en voix.
- Les canaux 9, 13, 6, 79, 80, 63 et 64 complètent la veille selon le port, la météo et la zone.
- En eau intérieure, la logique change: on ne reproduit pas automatiquement les habitudes du maritime.
- Sur le 16, je garde les échanges courts, utiles et précédés d’une écoute attentive.
La voie 16 reste la base de la veille en mer
Je commence toujours par le canal 16, parce que c’est lui qui concentre l’essentiel de la sécurité radio en navigation maritime. Il sert à l’appel, à la détresse et aux messages de sécurité; en France, c’est aussi le point d’entrée pour joindre le CROSS en cas de besoin. La fréquence associée est 156,800 MHz, et je la considère comme une veille de fond, pas comme un canal de conversation ordinaire.Concrètement, cela veut dire qu’en sortie de port ou en côtier, je laisse le 16 ouvert dès que le bord est prêt à naviguer. Selon le ministère chargé de la Mer, ce canal sert aussi d’alerte pour les bulletins météo: l’annonce passe d’abord sur le 16, puis le bulletin est diffusé sur d’autres voies locales comme 79 et 80, et dans certaines zones sur 63 et 64. C’est une différence importante, parce qu’un plaisancier qui coupe le 16 trop tôt peut rater une information utile avant que la mer ne se dégrade.
Je garde aussi une règle simple: sur le 16, je parle peu, je parle clairement, et je coupe court dès que l’échange est terminé. L’idée n’est pas d’occuper la voie, mais de rester joignable et d’entendre ce qui compte vraiment. À partir de cette base, on peut choisir les autres canaux selon la situation réelle à bord.
Les canaux utiles selon la situation
La veille ne se limite pas au 16. Sur un bateau de plaisance, j’aime raisonner en fonction de l’usage réel: appel, sécurité, port, échanges navire-navire ou météo locale. L’ANFR attribue en France des affectations assez claires aux principales voies VHF maritimes; le tableau ci-dessous résume celles qui reviennent le plus souvent pour la navigation de plaisance.
| Voie | Fréquence | Usage principal en France | Ce que j’en fais à bord |
|---|---|---|---|
| 16 | 156,800 MHz | Appel, détresse, sécurité | Je la garde en veille quasi permanente en mer. |
| 70 | 156,525 MHz | ASN, appel sélectif numérique | Je la laisse au poste compatible, sans trafic vocal. |
| 13 | 156,650 MHz | CROSS et autorités portuaires | Je la surveille surtout à l’approche d’une zone portuaire ou d’un trafic local structuré. |
| 9 | 156,450 MHz | Ports de plaisance | Je l’utilise pour contacter une capitainerie quand le port le demande. |
| 6 | 156,300 MHz | Navire à navire | Je la réserve aux échanges courts et utiles entre bateaux. |
| 63 / 64 | 156,175 / 156,225 MHz | Bulletins météo et usage local selon la zone | Je les écoute quand la façade ou le secteur les emploie pour l’information météo. |
| 79 / 80 | 156,975 / 157,025 MHz | CROSS et autorités portuaires | Je les garde en tête parce qu’ils servent souvent aux informations de sécurité annoncées sur le 16. |
Je retiens surtout une chose: le 16 donne le rythme, les autres canaux l’adaptent à la zone. Si je suis au large, je pense sécurité et météo; si j’entre dans un port, je pense procédures locales; si je croise d’autres unités, je privilégie les échanges brefs et utiles. Cette logique simple évite de transformer la VHF en bruit de fond permanent.
Quand la cartographie des canaux est claire dans la tête, le vrai sujet devient la manière de tenir la veille sans se disperser.
Comment organiser une veille efficace à bord
Une VHF bien réglée vaut mieux qu’une VHF simplement allumée. Je préfère toujours vérifier trois choses avant de quitter le quai: le volume, le squelch et le mode de veille. Le squelch est le seuil qui coupe le bruit de fond; trop serré, il peut masquer un appel faible, trop lâche, il fatigue l’écoute et noie les messages utiles.
- Je règle le volume avant de partir, pas en pleine navigation, pour ne pas découvrir trop tard que je n’entends presque rien.
- J’active la veille double si le poste le permet: elle maintient souvent le 16 et le 70 en surveillance simultanée sur les postes ASN.
- Je me méfie du balayage automatique quand la situation est active, parce qu’il peut faire rater un appel court ou une annonce météo.
- Je passe en puissance réduite à courte portée quand c’est suffisant; sur un échange de proximité, le plein régime n’apporte souvent rien.
- J’écoute avant d’émettre: c’est une règle de base, surtout sur les voies de détresse et de sécurité.
L’ANFR rappelle d’ailleurs que les émissions sur le 16 doivent rester courtes et que l’on doit écouter la fréquence avant de parler, pour vérifier qu’aucune détresse n’est en cours. C’est un détail qui change tout, parce qu’un bon usage de la VHF repose autant sur la discipline que sur le matériel. Une fois cette discipline en place, les erreurs les plus fréquentes deviennent beaucoup plus faciles à éviter.
Les erreurs qui font rater un appel important
J’en vois toujours les mêmes, et elles coûtent souvent plus qu’un simple inconfort radio. La première erreur consiste à traiter le canal 70 comme une voie de conversation: ce n’est pas le cas, il sert à l’ASN, donc au signal numérique, pas aux échanges vocaux. La deuxième consiste à bavarder trop longtemps sur le 16 alors qu’il devrait rester clair et disponible pour les appels utiles.
- Confondre 16 et 70 fait perdre du temps et peut rendre un poste mal utilisé, surtout en situation d’urgence.
- Parler trop longtemps sur le 16 encombre la voie; en pratique, je garde les messages courts et je vais droit au but.
- Oublier les bulletins météo locaux revient à naviguer sans une partie de l’information disponible, alors qu’elle passe souvent par la VHF.
- Garder les réglages “bateau au large” au moment d’entrer au port peut faire rater un changement de canal ou une consigne locale.
Le piège le plus courant reste la fausse impression de sécurité: le poste est allumé, donc on pense être couvert. En réalité, une veille mal réglée ou des habitudes brouillonnes suffisent à faire manquer un appel de sécurité. C’est encore plus vrai dès qu’on quitte le domaine maritime pour les eaux intérieures, où la logique radio change franchement.
Mer et eaux intérieures ne se lisent pas de la même façon
Je fais la distinction tout de suite: en navigation intérieure, on ne reprend pas automatiquement les règles de la mer. Les voies 16 et 70 sont en principe réservées au maritime, alors qu’en fluvial les messages de sécurité passent souvent sur la voie 10. L’ATIS, c’est-à-dire le système d’identification automatique de l’émetteur, devient alors un point de réglage important sur le poste.
Le bon réflexe, si le bateau est équipé d’une VHF mixte, consiste à vérifier le mode avant de partir. En mode fluvial, l’appareil applique un cadre différent, avec des niveaux de puissance et des usages adaptés à l’intérieur des terres. Il existe des exceptions locales, notamment dans certaines zones mixtes et sur le lac Léman, donc je préfère toujours relire la consigne de secteur avant de considérer que “ça fonctionnera comme en mer”.
Cette distinction évite beaucoup d’erreurs de débutant, et elle mène à la règle la plus utile pour ne rien rater: écouter la bonne voie au bon moment, sans mélanger les usages.
Le duo 16-70 et les canaux locaux à garder en tête
Si je devais résumer la veille VHF en une logique simple, je dirais ceci: en mer, le 16 reste la base vocale, le 70 sert à l’ASN, et les canaux locaux complètent l’ensemble selon la zone. Cela suffit déjà à couvrir l’immense majorité des situations utiles en plaisance, du bulletin météo à l’appel d’un port.
- En mer, je laisse le 16 disponible et je ne m’en sers pas comme d’un canal de bavardage.
- Avec un poste ASN, je vérifie que le 70 est bien surveillé par l’équipement.
- À l’approche d’un port, je cherche le canal local demandé par la capitainerie plutôt que d’improviser.
- Pour la météo, je garde en tête les annonces du 16 et les diffusions locales sur 79, 80, 63 ou 64 selon la zone.
- En eau intérieure, je change de logique et je vérifie le mode du poste avant toute utilisation.
Si je ne devais retenir qu’une seule chose sur la fréquence VHF à écouter, ce serait celle-ci: je garde le 16 en veille, je laisse le 70 à l’ASN, et je ne remplace jamais les consignes locales par une règle trop générale. En navigation, c’est souvent ce mélange de rigueur et de simplicité qui fait la différence.