Les feux et marques des navires ne servent pas seulement à décorer un bâtiment flottant. De nuit et par visibilité réduite, ils permettent de lire sa route, sa manœuvre et parfois même son degré de contrainte. J’explique ici les repères utiles pour naviguer plus sereinement, comprendre la logique du COLREG et éviter les erreurs qui créent des abordages inutiles.
Les repères à retenir avant de prendre la barre
- La nuit, on lit d’abord les feux, le jour on lit les marques de jour.
- Un bateau à moteur affiche surtout rouge, vert et blanc, tandis qu’un voilier sous voiles suit une logique plus simple.
- Un voilier qui motorise doit être traité comme un navire à propulsion mécanique.
- Au mouillage, à l’échouage ou au remorquage, la signalisation change nettement.
- En France, le cadre de référence reste le COLREG 72 intégré à la réglementation nationale.
Ce que signalent réellement les feux d’un navire
La base est simple: les feux de navigation servent à dire où se trouve l’avant, quel bord est visible et dans quel état de navigation se trouve le navire. Comme le rappelle Légifrance, les navires français équipés de feux, de marques et de signaux sonores doivent respecter le COLREG 72. Je préfère toujours raisonner en trois questions: où est l’avant, quel bord me fait face, et quelle manœuvre est en cours.
| Élément | Couleur ou forme | Lecture immédiate |
|---|---|---|
| Feu de côté bâbord | Rouge | Le bord gauche du navire |
| Feu de côté tribord | Vert | Le bord droit du navire |
| Feu de poupe | Blanc | L’arrière du bateau |
| Feu de tête | Blanc | Navire à propulsion mécanique en route |
| Feu de mouillage | Blanc tout horizon | Navire au mouillage |
| Feu de remorquage | Jaune | Remorque en cours |
L’IMO précise que la portée minimale varie selon la longueur du navire. À titre pratique, je retiens des ordres de grandeur allant de 1 à 6 milles nautiques selon le feu et la taille de l’unité. Sur un petit bateau, un feu trop sale, mal orienté ou masqué perd vite son intérêt, même s’il est théoriquement conforme. Une fois ce cadre posé, la vraie difficulté consiste à lire correctement ce que l’on voit de nuit.
Pour donner un repère plus concret, les minima du COLREG montent avec la taille: un feu de tête est à 2 milles sur un navire de moins de 12 m, à 3 à 5 milles entre 12 et 50 m selon la longueur, et à 6 milles à partir de 50 m. Les feux latéraux et de poupe se situent, eux, entre 1 et 3 milles selon la catégorie.

Lire la route d’un bateau la nuit sans hésiter
Je conseille toujours de raisonner dans le même ordre: couleur, position, mouvement. Un feu isolé ne dit presque rien; c’est la combinaison qui donne le sens. En pratique, je cherche d’abord l’aspect général du navire avant de m’attarder sur le détail des couleurs.
- Rouge seul, avec aucun vert visible, indique souvent que le bord bâbord est tourné vers vous.
- Vert seul, c’est le bord tribord.
- Rouge et vert ensemble montrent en général l’avant du navire.
- Avec un ou plusieurs blancs derrière, on comprend qu’un bateau à propulsion mécanique est en route.
- Un blanc tout horizon, sans autre feu lisible, évoque le plus souvent un navire au mouillage.
- Un jaune supplémentaire doit immédiatement faire penser à une remorque.
Le piège classique, c’est de croire qu’un seul blanc identifie tout de suite un bateau. En réalité, il faut chercher les autres feux dans l’axe, vérifier l’altitude relative et tenir compte du mouvement apparent. Cette lecture devient beaucoup plus claire quand on passe aux configurations normales selon le type de navire.
Les principales configurations selon le type de navire
C’est ici que la plupart des confusions apparaissent, surtout en plaisance. Un même bateau peut changer de statut en quelques minutes s’il passe du vent au moteur, ou du mouillage à la navigation. Je trouve que c’est l’une des raisons pour lesquelles la signalisation doit être comprise comme un langage, pas comme une simple liste de lampes.
| Situation | Feux de nuit | Marques de jour | Point à retenir |
|---|---|---|---|
| Navire à propulsion mécanique en route | Feux de côté, feu de poupe et un ou deux feux de tête blancs selon la longueur | Aucune marque spécifique en usage normal | C’est le schéma de base d’un bateau à moteur |
| Voilier sous voiles seules | Feux de côté et feu de poupe; sur certaines petites unités, un feu tricolore en tête de mât peut être utilisé | Aucune marque spécifique | La configuration reste celle d’un voilier tant que le moteur n’est pas engagé |
| Voilier avec moteur en marche | Schéma d’un navire à propulsion mécanique | Idem | Le statut légal dépend du moyen de propulsion utilisé |
| Navire au mouillage | Un feu blanc tout horizon visible de tous côtés | Une boule noire | Très utile même en rade calme, car l’embouteillage visuel arrive vite la nuit |
| Navire remorquant | Feux spécifiques de remorquage selon la longueur de la remorque | Un losange noir quand la remorque dépasse 200 m | La longueur de remorque change la lecture du navire |
| Navire de pêche | Combinaisons rouge/blanc ou vert/blanc selon l’activité | Deux cônes pointe contre pointe pour le chalut, selon le cas | L’activité prime sur la silhouette |
Un navire échoué ou contraint par son tirant d’eau ajoute encore d’autres marques, mais ce sont des cas plus rares en plaisance. Retenir les grandes familles suffit déjà à éviter la majorité des erreurs de lecture. Les marques de jour prolongent la même logique, mais cette fois en plein soleil.
Les marques de jour qui changent tout en plein jour
La plupart des plaisanciers les sous-estiment parce qu’elles paraissent anciennes. Pourtant, une simple forme noire peut éviter une erreur d’interprétation à plusieurs centaines de mètres. J’ai souvent vu des équipages repérer les feux de nuit avec sérieux, puis négliger complètement les silhouettes de jour, alors qu’elles sont parfois plus parlantes.
| Marque | Signification | Comment je la lis |
|---|---|---|
| Boule noire | Navire au mouillage | Présence statique, attention au rayon d’évitage |
| Deux boules noires verticales | Navire échoué | Danger local, zone à éviter |
| Losange noir | Remorquage important ou signal associé | Longueur ou configuration particulière à anticiper |
| Deux cônes pointe contre pointe | Navire de pêche au chalut | Activité spécifique, mouvements peu prévisibles |
| Cylindre noir | Navire contraint par son tirant d’eau | Capacité de manœuvre réduite |
| Boule-diamant-boule | Navire restreint dans sa capacité de manœuvre | Je garde une marge de sécurité importante |
Ce qui compte, ce n’est pas de réciter les symboles, mais de comprendre qu’une marque diurne annonce souvent une contrainte que les autres usagers doivent respecter. Quand on a ce réflexe, on lit la mer beaucoup plus vite, et la section suivante devient presque évidente: il faut surtout éviter les erreurs répétitives.
Les erreurs de signalisation que je vois le plus souvent
Dans les ports et les petites rades, les mêmes fautes reviennent. La bonne nouvelle, c’est qu’elles se corrigent vite si on les identifie avant la sortie. Je classe toujours les erreurs en deux familles: celles qui trompent les autres, et celles qui rendent le navire invisible au pire moment.
- Faire tourner le moteur d’un voilier tout en conservant la configuration “sous voile”.
- Masquer un feu derrière un bimini, une annexe, des pare-battages ou un balcon.
- Remplacer une ampoule par une LED trop froide ou trop puissante sans vérifier l’angle de visibilité.
- Négliger les câbles, les masses, les fusibles ou les connecteurs oxydés.
- Oublier la marque de mouillage ou de remorquage au bon moment.
- Confondre éclairage décoratif et feu réglementaire.
Le risque n’est pas seulement réglementaire. Un autre navire peut te lire de travers, surestimer ta capacité de manœuvre ou mal apprécier ta trajectoire. C’est pour cela que je contrôle toujours la chaîne complète avant d’appareiller, pas seulement les ampoules. Cette logique conduit naturellement au contrôle de départ.
Ce que je vérifierais avant chaque sortie en mer
Sur les bateaux de 12 m ou plus, la division 242 du Code des transports impose deux sources d’alimentation électriques distinctes pour les feux de navigation, dont la source de secours. C’est un point que je ne laisse jamais au hasard, parce qu’un feu qui s’éteint à la mauvaise seconde vaut parfois plus cher qu’une pièce de matériel.
- Allumer chaque feu au port et vérifier la couleur depuis l’avant, l’arrière et les côtés.
- Contrôler qu’aucun équipement ne masque l’arc de visibilité.
- Nettoyer les optiques et remplacer les joints ou diffuseurs opacifiés.
- Tester les fusibles, coupe-circuits et, si besoin, la batterie de secours.
- Vérifier que les marques de jour sont accessibles, propres et faciles à hisser.
- Confirmer le mode exact de navigation d’un voilier avant départ: voiles seules ou moteur utilisé.
Je fais ce contrôle au crépuscule quand c’est possible, parce qu’un feu qui paraît parfait en plein jour peut devenir beaucoup moins lisible de biais la nuit. Ce test simple prépare très bien le dernier réflexe, celui qui dit si l’installation est vraiment compréhensible par un autre usager.
Le test de 30 secondes qui me dit si le bateau est vraiment lisible
Quand je veux valider une installation, je me place à distance, de préférence au crépuscule. Si je dois réfléchir plus de deux secondes pour comprendre ce que montre le bateau, la configuration n’est pas satisfaisante. Un bon système n’a pas besoin d’être spectaculaire, il doit être immédiatement compréhensible.
- Je dois voir sans ambiguïté le rouge, le vert et le blanc.
- Je dois pouvoir distinguer ce qui est avant, arrière et latéral.
- Aucun accessoire ne doit casser l’arc d’éclairage.
- Le passage du mode voile au mode moteur doit être évident pour tout l’équipage.
- Les marques de jour doivent pouvoir être préparées sans improvisation.
C’est cette discipline simple qui rend la signalisation utile. Un bon ensemble de feux et de marques n’est pas là pour faire joli, il est là pour être lu vite, correctement et sans ambiguïté. En mer, cette clarté vaut souvent mieux qu’un éclairage puissant mal pensé.